Découverte

Taller Esquina : un atelier au travail

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Barcelone, fière cité, accrochée  à flanc de montagne et se déroulant vers la Méditerranée… Ses « ramblas », son monument à Colomb… et pour les amateurs d’art, les constructions de Gaudi, les Musées Picasso, Miro , le Musée d'Art moderne de la ville(MACBA)…
Justement, promenons-nous un peu plus loin dans ce quartier du « Raval » de Barcelone et poussons la porte de Taller Esquina...

Taller Esquina, c’est un atelier de lithographie sur pierre, situé depuis 2005 au cœur de ce quartier El Raval, et dirigé par Maribel Mas. Cette remarquable artiste originaire de Caracas n’est pas seulement une artiste qui recherche dans l’abstraction une harmonie, en passant par la violence des choix de couleurs. C’est aussi une amoureuse de la presse, du papier, et des techniques de gravure, et spécialement de la lithographie. Et dans cet atelier, ce qui retient tout d’abord l’attention, c’est la qualité artistique des œuvres qui passent entre ses presses, avec des artistes tels que Joaquim ChanchoArnal Ballester,  Matilde Vela Des travaux qui vous emmènent dans ce territoire où la délicatesse rencontre le travail inexorable et puissant de la presse d’impression. Car pour le critique d’art, l’approche analytique peut amener à analyser les phénomènes de perception des images créées, ou encore à s’intéresser à la psychologie des artistes, à étudier les différents groupes de l’artiste à l’époque de sa production, ou à penser l’œuvre comme un ensemble plutôt que comme la somme de ces éléments pris distinctement. Mais c’est le formalisme, tel que proposé par Wolfflin, qui propose de considérer l’œuvre d’abord par ses procédés et ses formes.
Dans le cas du travail lithographique, et particulièrement pour Taller Esquina, la clé de lecture réside sans doute dans cette passion pour le travail de l’« artisan », dans l’utilisation des différents procédés d’impression, le choix des papiers et le bon mariage avec chaque encre : se mettre au service d’un artiste et de sa création. Que ce soit  lithographie sur pierre, sur plaques d'aluminium, gravure sur bois, intaglio, il faut à chaque fois trouver ce bon équilibre entre le travail de l’artiste et la mise en forme choisie.

De plus, la gravure  et la lithographie offrent une relation bien particulière avec  le moment de création. Kant ne voit rien de plus haut que la beauté de la nature et l’artiste ne fait que tenter de s’en approcher… Quant à Bergson, il évoque la nécessité d’un « Elan Vital », pour expliquer l'évolution et le développement des organismes, et pousse la réflexion au domaine artistique: cet élan peut alors se décliner en « élan d’arts », dans le domaine artistique…

Dans le cas des procédés d’impression, il y a un peu comme en photographie l’instant unique où l’on découvre l’œuvre. Dans le cas d’une œuvre peinte, ou d’une sculpture, le passage de la toile vierge, ou du bloc, se fait par une transition lente, avec une cinétique particulière à chaque artiste, qui seul décide de l’achèvement. Bonnard, éternel perfectionniste, ne pouvait s’empêcher de retoucher ses toiles, même après que celle-ci fussent achetées et exposées dans un musée...

L’œuvre gravée ou lithographiée apparait, elle, lors d’un instant de « révélation ». Ce côté « thaumaturgique » donne une dimension particulière à la gravure et à la lithographie, entre travail et magie… Il faut le travail de conception artistique (« poiesis »), puis la réalisation artisanale, par des experts amoureux de leur pratique (« praxis »). L’œuvre apparait à l’artiste, et il ne peut plus la changer, si ce n’est la « réhausser », renforçant alors son caractère « unique ». L’œuvre apparait de la même façon aux yeux de l’amateur d’art, qui découvre le travail irrémédiablement achevé. Et Taller Esquina tisse en permanence de nouveaux liens, découvrant des nouveaux domaines à explorer.  Ainsi, l’atelier s’investit dans l'éducation, par le biais de partenariats avec le Musée Picasso à Barcelone,  l'université UAB, la Llotja Art school et Massana Art School à Barcelone et  le Museu Moli Paperer de Capellades.
Depuis 2012, Taller Esquina s'inscrit aussi dans le projet Grafik Leipzig-Barcelona, collaboration entre ateliers d'impression des 2 villes : Maribel Mas a travaillé le tirage de gravures sur bois dans l'atelier de Thomas Siemon (éditions Carpe Pumbum) situé dans le centre artistique Baumwollspinnerei de Leipzig et  des tirages au Cliché Verre à l'atelier de Vlado et Maria Ondrej, Atelier für Radierung. Taller Esquina lance également des ponts avec les enfants, interlocuteurs qui offrent leur complète attention qu’avec une grande exigence.  Cela fait l’objet d’une collaboration avec  « Arts Grafiques per Nens ».
Enfin, au-delà des affinités esthétiques avec les artistes cités plus haut, Taller Esquina a développé un partenariat technique, avec notamment les papetiers Japonais Ganpi, Mitsumata et Kouzo élaborés directement par les collaborateurs des ateliers  Aoya Inshu Washi au Japon (papiers Ganpi, Mitsumata et Kouzo) et participe au projet Kanyain avec Tatsuya Mitani : cours et information sur papiers et gravure japonaise sur bois. Depuis 10 ans, cette collaboration entre Espagne et Japon permet de partager une autre approche du papier, de ses techniques de production, et de ses particularités…

Découvrez ces œuvres – ces artistes – et n’oubliez pas : on tombe amoureux 2 fois de ces œuvres: une fois lors de la rencontre artistique, une seconde fois lorsqu’on découvre la matière de ces papiers transfigurés…

Bienvenue, bonne visite virtuelle à l’Atelier Esquina   !