Elan d'Arts : Dans votre travail artistique, l'univers des sciences semble proche. Qu'en est-il ? Pouvez-vous nous l'expliquer et évoquer les places respectives de l'art et de la science dans vos oeuvres ?
Benoît Lemercier : En 2001, j’ai crée le 'Mathématisme'. C’est un mouvement artistique qui souhaite lier l’art et la science et montrer la prédominance des mathématiques dans le fonctionnement de l’univers.
Mon souhait, ou devrais-je dire mon utopie, est d'essayer de mieux comprendre le monde qui nous entoure. La science, notamment la recherche fondamentale, vise à donner une réponse factuelle à cette question. L'art, lui, peut ouvrir le champ des propositions vers plus de poésie et d'onirisme. C'est pourquoi, j'assieds mes recherches plastiques sur des théories avantgardistes, pour me les approprier et essayer d'en montrer la beauté. Une beauté empreinte de sens.... Mais mon propos contrairement à celui d'un scientifique, n’est pas de transmettre un message clair. C'est même le contraire !
E.A. : Vous parlez avec chaleur de vos amitiés avec d'autres artistes de renom comme François Morellet et Gottfried Honegger. Dans quelle mesure ces relations privilégiées ont-elles nourri votre travail ?
B.L. : La première fois que François Morellet m'a ouvert les portes de son atelier, il y a maintenant vingt ans, cela a été un choc. D'abord parce que j’ai immédiatement apprécié son travail. Et puis, parce que j'ai découvert un mode de vie. Un univers empreint de minimalisme et de rigueur, accompagné de dérision et d’humour. Je me suis senti bien.
Gottfried Honegger est un artiste important et un ami. Nous nous voyons le plus souvent possible. Nous parlons d'art, d'art et encore d'art. Il a une grande expérience. N'oublions pas que dès les années 50/60, il fréquentait Mark Rothko, Louise Nevelson, Max Bill ou Hans Arp. Ce n'est pas rien ! Il a été l'un des premiers à me faire confiance et à collectionner mes sculptures. Nous formulons le souhait de faire une exposition ensemble…
E.A. : Vous travaillez différents média, avec notamment de monumentales sculptures, mais aussi des estampes et des multiples. Pouvez-vous expliquer pour elandarts.com et nos lecteurs la place que tiennent ces derniers dans votre création ?
B.L. : La quasi totalité de mon travail est conceptualisé grâce à l’outil informatique. Qu’il s’agisse de sculptures monumentales ou bien de peintures, l’ordinateur n’est jamais loin. La technique d’impression numérique Fine Art est aujourd’hui très performante. Cela me permet donc de donner vie à des travaux qui sans elle seraient restés sur mon écran. Je ne fais pas partie des artistes qui pensent qu’il faut à tout prix utiliser les techniques inventées par son époque. Mais ce n’est pas non plus pour cela qu’il faut s’en priver ! Mes médiums vont de la céramique (la plus ancienne forme de représentation artistique) jusqu’à l’impression numérique en passant par l’usage de l’acier massif. Tout se complète et se répond … enfin, je l’espère….
Propos recueillis le 4 mars 2010, à Paris

'Supercordes' 2008 - Acier peint
Largeur 4.70 m
Collection particulière Châteaubourg